Visiter Cracovie : une escapade riche en histoire

Written by Manon

Cracovie était une ville dont je ne savais strictement rien, tout comme la Pologne d’ailleurs. A dire vrai, à part dans notre cours d’histoire où nous avons bien évidemment étudié les mondialement et tristement connus camps d’Auschwitz et Birkenau, la Pologne est encore assez peu connue des voyageurs et touristes que nous sommes. Et c’est bien dommage !

Ce voyage a d’ailleurs pour moi une saveur toute particulière. En effet, habituellement je pars avec mon chéri, en famille ou encore accompagnée de mon groupe de potes. Mais ce ne fut pas le cas pour cette fois. J’ai eu la chance qu’un ami éducateur pense à moi afin d’accompagner un groupe de jeunes en séjour culturel. De cette manière, j’ai effectué mon escapade entourée de jeunes filles et garçons avides de découvertes, ce qui ajouta une part de challenge et de fun à l’aventure. Chose que j’ai adorée, vous vous en doutez !

Après un peu moins de deux heures de vol, vous voilà arrivés dans la ville sud de la Pologne, Cracovie! Vous pouvez y changer vos euros en zlotys, quelques bureaux de change sont en effet présents à l’aéroport. Mais je vous conseille de n’en changer qu’une toute petite partie, le taux étant beaucoup plus intéressant dans le centre. Pour rejoindre celui-ci, plusieurs options s’offrent à vous : le train, le bus ou encore le taxi. Optez pour le premier, plus facile (car se trouve dans l’aéroport même) et très abordable : un peu moins de 2,50 euros le trajet. Après une vingtaine de minutes, vous voilà dans le centre. Il faut avoir le goût du risque pour tester l’escapade en bus. Ayant voulu explorer la campagne polonaise de cette manière, nous avons bien failli y rester pour de bon… Puisque le bus du retour ne s’est jamais pointé. Un conseil donc, ne vous fiez pas trop à ce moyen de transport.

         

Nous avions opté pour un logement à prix réduit et idéalement situé dans l’ancienne ville juive de Kazimierz, l’auberge de jeunesse Tara Hostel. Il y a plus de 700 ans, ce quartier était une ville indépendante de Cracovie mais qui tend aujourd’hui à renaître de ses cendres. En effet, ayant énormément souffert de l’occupation nazie, celle-ci était encore jusqu’il y a peu assez déserte. Actuellement, elle semble devenir l’endroit en vogue de Cracovie. Une foule de bars, restaurants et boutiques d’antiquités y voient le jour pour le plus grand bonheur des habitants. Et le nôtre par la même occasion !

A ce propos, si vous visitez ce quartier juif de bonne heure un dimanche, profitez-en pour pousser une pointe jusqu’à la place Nowy. Celle-ci y accueille un marché aux puces des plus charmants. Entre vieux objets et bijoux, vous y découvrirez également un petit paradis du vinyle. De nombreuses pépites telles quel les Beatles ou encore David Bowie vous y attendent à bas prix. Au centre de cette place, plusieurs kiosques offrent la possibilité de se restaurer pour quelques zlotis. Gouttez une spécialité locale, la zapiekanka. Il s’agit d’une baguette de pain richement garnie de fromage, champignons, tomates ou autre selon vos envies. Celle-ci est connue pour être consommée tôt le matin par les fêtards du bout de la nuit souhaitant se remettre d’aplomb. Après l’avoir goutée, j’ose croire que ce rituel tient bel et bien ses engagements. Envie de vous rincer le gosier ? Comme vous l’aurez compris, dans ce petit coin de plus en plus in, les bars ne manquent pas. L’un d’entre eux a particulièrement retenu mon attention pour le charme qu’offre sa petite cour intérieure : l’opium music club. Ce dernier fait face au cimetière Remuh, du nom de la synagogue s’y attenant. Les travaux de conservation ont rendu possible la récupération de plus de 700 sépultures qui avaient été détruites par les nazis durant la seconde guerre mondiale. L’entrée y est libre du lundi au jeudi, de 9h à 18h.

         

         

         

Puisque nous y logions, nous avons eu l’occasion de goûter à deux très bonnes tables dans ledit quartier : Le Scandale et le Well Done. Le premier est énorme en superficie et décoré dans un style très classique. Vous disposerez d’une carte super complète allant des pâtes et pizzas aux steaks et burgers consistants. Le deuxième a justement fondé sa réputation sur ces derniers. Dans un look American vintage, vous trouverez une multitude de grillades et de burgers finement préparés. Un vrai saut dans le temps mêlé de couleurs pastel et de vieilles pancartes de villes américaines.

         

Déjà votre deuxième journée à Cracovie. Direction la vieille ville! Vous reconnaîtrez assez vite la place principale, la Rynek Gtowny. D’une part par la présence de ses musiciens ambulants et de ses calèches mais aussi par l’importance et la grandeur architecturale des lieux. Vous ne saurez par où commencer. Au centre de celle-ci, votre promenade touristique obligatoire : la halle aux draps. Durant le Moyen-Âge, il s’agissait là du haut lieu du commerce des étoffes. Aujourd’hui encore, je vous conseille de vous y rendre. De nombreux artisans y vendent de multiples objets typiques qui enrichiront votre boîte à souvenirs. Les boules de Noël y sont fantastiques, même en été ! Sur cette même place, vous pourrez également contempler le beffroi haut de 70 mètres au sommet duquel vous pouvez vous rendre. Âmes sensibles, s’abstiendront… Sans oublier la basilique Notre-Dame, reconnaissable à ses deux tours asymétriques. A ce propos, une légende assez folle vient justifier le fait qu’une des deux tours soit plus haute que l’autre. Les deux frères architectes chargés de sa construction auraient eu une dispute durant laquelle l’ainé tua le cadet. Ben oui, on ne rigole pas avec l’architecture et puis c’est tout ! Autre histoire (décidemment il s’en passe des choses dans cette basilique), celle d’un trompettiste ayant été tué par une flèche alors qu’il jouait une mélodie destinée à ouvrir les portes de la ville. Depuis, toutes les heures, un musicien fait retentir le son en question, le hejnal, en s’arrêtant subitement. Question d’entretenir le mythe. N’hésitez pas à entrer dans ce lieu, un superbe retable sculpté du XVe siècle vous y attend.

         

         

Mais assez parlé d’histoire, je pense aussi à votre estomac. Comme vous vous en doutez, manger sur la Rynek Gtowny peut vite devenir assez couteux. N’hésitez donc pas à emprunter les rues environnantes. C’est de cette manière que je suis tombée sur un restaurant à la façade très épurée et décontractée : Pino. L’endroit est vraiment très sympa et vous vous y régalerez pour un prix plus que raisonnable vu l’endroit et le cadre environnant.

         

S’il n’est pas trop tard et que vous avez encore l’énergie, n’hésitez pas à vous rendre sur la colline du Wawel. Après une ascension assez rapidement réalisée, vous pourrez contempler le château, lieu originel de la monarchie polonaise. L’accès aux jardins et à l’église est gratuit et vous auriez tort de vous en priver. Un peu plus bas, allez jeter un œil à l’attraction locale : la grotte de Smok le dragon. Selon la légende (décidemment cette ville regorge de vieilles histoires), ce dernier terrorisant toute la ville de Cracovie fut vaincu par un jeune cordonnier qui obtint ainsi la main de la fille du roi. Ben tiens ! Si vous souhaitez visiter les appartements royaux, sachez qu’il vaut mieux réserver au préalable, comme beaucoup de visites culturelles en Pologne d’ailleurs. J’en profite pour vous faire part de cette remarque car j’ignorais que tout était aussi bien organisé (hormis les bus vous l’aurez compris). Si vous souhaitez visiter la mine de sel ou encore le camp d’Auschwitz, mieux vaut vous y prendre à l’avance. Réserver par internet est une option bien sûr mais n’hésitez pas à multiplier les visites aux offices du tourisme. Très présentes au centre de la vieille ville, elles vous aideront au mieux à planifier vos visites guidées et autres réservations. En sachant que pour les deux exemples cités précédemment, une visite réservée par une agence de tourisme sera votre seule manière de vous y rendre.

         

Votre troisième journée peut être consacrée à la visite d’Auschwitz-Birkenau. Celle-ci ne constitue pas l’escale la plus joyeuse de votre voyage je vous l’accorde, mais croyez-moi elle est nécessaire. J’avais énormément d’appréhension. Et je dois vous l’avouer, la nuit précédant la visite, n’a pas été des plus excellentes. Mais le fait de me rendre sur place, qui plus est accompagnée d’un groupe de jeunes, a pris tout son sens. Ce genre d’endroit est bouleversant de par son vécu et son histoire, je comprendrais donc que certains d’entre vous soient réticents à l’idée d’y aller. Mais je me voudrais rassurante en un premier temps. En effet, concernant le camp d’Auschwitz, devenu aujourd’hui un musée, le fait que ce dernier ait subi ces aménagements pédagogiques rend la visite moins difficile. Attention, je ne dis pas que vous ne serez pas pris aux tripes lorsque vous verrez les photographies des détenus ou encore les valises laissées sur place en exposition. Mais le fait de regarder cela à travers la démarche de la reconstruction en lieu de mémoire, aide le visiteur à découvrir les lieux sans être trop bouleversé. La visite commence avec le camp d’Auschwitz et continue avec celui de Birkenau où vous pourrez être plus libre dans votre rencontre avec ce lieu tristement connu. Je me permets de le rappeler, ces visites ne s’improvisent pas. Comptez 35 euros pour la journée. Une fois votre réservation effectuée (avec guide ou non) auprès de l’office du tourisme, ce qui fut mon cas, tout sera très facile. Un rendez-vous au petit matin non loin de l’hôtel avec un bus qui vous conduira directement sur place.

         

         

         

Concernant cette phase sombre de l’histoire de la Pologne, l’ancienne banlieue ouvrière de Podgorze constitue à mon sens un endroit phare dans la compréhension de tout cela. Située de l’autre côté de la ville, celle-ci n’est pas dépourvue d’importance. Outre la présence du musée d’art contemporain, c’est également dans ce quartier que vous trouverez l’usine, devenue musée dont s’est inspiré Steven Spielberg : celle de Schindler. Cet industriel qui sauva un nombre important de juifs durant la seconde guerre mondiale. Les photos de certains d’entre eux font d’ailleurs office de mémorial sur la façade de l’actuel musée. Autre lieu à l’histoire héroïque, celui de la pharmacie de l’aigle, située non loin de là. Le pharmacien Tadeusz Pankiewicz vint également en aide à de nombreux juifs du ghetto durant cette période. Face à elle, les chaises de la place des héros du ghetto. 65 chaises en bronze y sont présentes en mémoire des 65 000 juifs disparus de Cracovie. Bref, comme je vous l’avais annoncé, un quartier à côté duquel vous ne pourrez pas passer.

         

        

Mais alors, me direz-vous, veut-elle nous organiser dans cette ville une visite de la déprime ? Loin de moi cette idée, mais c’est aussi cela Cracovie. Une ville riche d’architecture, d’histoire, de légendes médiévales, mais aussi encore et toujours marquée par l’histoire de la shoah, indissociablement. Mais cette ville a su revivre et se réinventer tout en gardant son ancrage d’origine. Pour mieux le comprendre, retournons dans votre quartier initial, celui de Kazimierz. Suivez-moi dans un petit endroit décalé, au décor inspiré du monde de Mary Poppins, avec ses chaises et ses tables accrochées au plafond et à la lumière tamisée : Le Don Quichotte ! Vous y savourerez une bière locale, accompagnée du son des musiciens qui s’y pressent. Vous y trouverez comme moi j’en suis sûre, ce fascinant mélange de soif de vivre et d’apaisement si cher à cette ville et à ses habitants.