Samui Elephant Sanctuary : à la rencontre des éléphants autrement

Ah la Thaïlande ! Cette destination haute en couleurs n’a plus besoin d’être présentée aux voyageurs que nous sommes. Bon nombre d’images communes nous viennent en tête : ses temples, ses villes ultra-modernes défiant les paysages ruraux d’une beauté exceptionnelle, ses plages, ses marchés, ses épices, ses éléphants…

Depuis des siècles ce dernier n’est autre qu’un des symboles du pays. Il y est synonyme de puissance, de réussite mais aussi de royauté. Autrefois, il figurait même sur le drapeau national. Comme beaucoup d’autres personnes, mon voyage ne pouvait s’envisager sans que je ne puisse en approcher de près. En faisant plusieurs recherches j’ai découvert que la manière la plus simple d’aller à leur rencontre était de participer à un trek à dos d’éléphants. Les propositions sont nombreuses en particulier dans le nord du pays. Mais ne vous y trompez pas ! Au-delà de l’allure paradisiaque, du contact avec la nature et de la photo parfaite à montrer à tous sur insta, une toute autre réalité est à faire connaître.

Afin d’assurer ces promenades, les éléphants sont domestiqués depuis le plus jeune âge et pas de la manière la plus douce… Les petits sont arrachés à leurs mères, enfermés dans des cages et maltraités à l’aide de ce que l’on appelle là-bas un bullhook (cela ressemble à une espèce de marteau crochu). Le but est de frapper l’animal avec cet engin de torture à des endroits sensibles tels que les pattes, la trompe ou encore les yeux. Si ce dernier ne se soumet pas assez rapidement, il est également affamé et assoiffé. Nombreux sont ceux qui meurent durant cette période. Il peut donc se passer des semaines entières pour arriver au résultat tant attendu par les tortionnaires : asservir complètement l’animal afin de satisfaire les touristes. M’étant pris cette révélation de plein fouet je ne pouvais plus envisager une seule seconde faire quelque trek que ce soit.

Cette découverte m’a d’une part choquée et attristée mais m’a aussi confortée dans le fait que je voulais voir ce superbe animal dans le plus grand respect qui lui est dû. Je voulais aussi participer au combat que certains mènent actuellement contre cette pratique. Dans le nord de la Thaïlande, quelques initiatives ont donné naissance à des sanctuaires d’éléphants. Mais ceux-ci se font plus rares dans le Sud. Séjournant principalement dans cette partie du pays, j’avais finalement commencé à me faire à l’idée que mon voyage se passerait d’une rencontre avec le beau mammifère en question. Me rendant à Koh Samui afin de rendre visite à ma meilleure amie (oui je sais j’ai toujours su choisir mes amis), j’avais été assez déçue d’apprendre qu’aucun sanctuaire n’existait sur l’île.

Mais par chance, trois mois avant mon arrivée, le Samui Elephant Sanctuary a vu le jour. Cet endroit m’a tout simplement bouleversée. Il est d’une part dédié à la réhabilitation, au soin et au bien-être d’éléphants ayant été maltraités afin de satisfaire les attentes attractives des touristes. Mais il a également vu le jour afin que le voyageur appréhende l’animal autrement. Conscientiser le visiteur afin de le rendre acteur dans le changement auquel il peut participer. C’est volontairement que j’ai choisi de dédier un article entier à ce sanctuaire. A l’heure où je vous écris, il est un des premiers à ouvrir pour tout le sud de pays, autant dire une part encore trop minime à mon goût. Certes, vous y rendre aura un coût. C’est en effet une des excursions qui m’a couté le plus cher en Thaïlande. Mais la cause et les rencontres que j’ai pu y faire sont vraiment plus que justifiables.

Pour la prise en charge à votre logement, l’entrée et un repas sur place, vous devrez débourser l’équivalent de 75 euros par personne. Cher vous dites-vous ? Mais la cause n’en vaut-elle pas le prix ? De plus, l’entièreté de cette somme est investie dans le sanctuaire. Je m’explique : une partie intervient dans l’alimentation des éléphants, leurs soins (nombreux pour la plupart puisque ces derniers conservent de graves séquelles de leur vie domestique), le salaire des soigneurs et l’entretien de leur espace de vie.

       

A notre arrivée, nous sommes accueillis par les soigneurs. L’un d’entre eux prend le temps d’expliquer l’initiative du lieu, l’histoire des éléphants que nous allons rencontrer et comment nous, touristes pouvons à notre petite échelle faire changer les choses. Ensuite, nous recevons plusieurs instructions afin que notre visite se passe au mieux. Par exemple, ne pas garder notre appareil photo autour du cou, l’éléphant pourrait l’attraper, ne caresser l’animal que lorsque nous le nourrissons. En effet, leurs contacts passés avec l’être humain ayant été violents, il pourrait mal interpréter notre geste. Enfin, rester toujours proche d’un soigneur et face à l’éléphant, certains d’entre eux ont une vue altérée par le fameux objet de torture dont je vous ai parlé précédemment. Après avoir pris note de toutes ces recommandations, voici arrivée l’heure du petit-déjeuner, celui des éléphants. Sur une charrette, les soigneurs nous apportent de nombreux morceaux de bananes, pastèques mais aussi une espèce de pâte brune à base de maïs dont les éléphanteaux raffolent. A cet instant, un merveilleux moment de partage commence ! Nous pouvons les approcher, les toucher, les nourrir, tout cela en toute tranquillité et dans le plus grand respect de ce superbe mammifère. Les adultes sont d’une surprenante douceur en attrapant les morceaux de nourriture du bout de leurs trompes, tandis que les petits se pressent auprès d’eux, bien moins farouches que leurs ainés pour attraper un maximum de bouillie. A ce sujet, le soigneur nous explique que les éléphantes sont en réalité les mères adoptives des deux petits. En effet, comme je l’ai dit ces derniers sont arrachés à leurs mères très tôt et ne les revoient plus jamais. Une fois arrivés dans le sanctuaire, c’est tout naturellement qu’ils ont cherché l’affection dont ils manquaient cruellement auprès des éléphantes présentes. Et ces dernières les ont tout naturellement pris sous leur protection. Merveilleuse leçon de vie, n’est-ce pas ?

         

Ce moment reste gravé dans ma mémoire. Pendant ce petit-déjeuner exceptionnel, un constat m’est apparu. Les éléphants présents devant moi avaient vécu un enfer. Et cet enfer, ils ne le devaient qu’à l’homme. Ils ont été marqués à vie par ces traitements, et malgré cela, à cet instant, ils se tenaient devant nous sans aucune agressivité. Comment cet animal parvient-il à ne pas en vouloir aux petits bipèdes que nous sommes ? Cela reste une énigme pour moi. Mais cela m’a profondément touchée, les éléphants ne sont pas seulement grands en taille, mais également en sagesse.

Après un gargantuesque repas, ceux-ci retournent à leurs occupations. Certains partent se promener, d’autres se roulent dans la terre, ou encore prennent un bain dans le bassin qui leur est réservé. Le spectacle est magnifique et on se sent privilégié de pouvoir ainsi les observer. Après cela, les soigneurs nous invitent à manger un repas thaï préparé par leurs soins. Un moment de convivialité où chacun d’entre nous raconte à quel point l’expérience nous a enrichis. Il n’y a pas une personne autour de la table n’ayant pas été changée par cette expérience.

         

         

Je n’ai pas écrit cet article dans le but de vous faire verser votre petite larme. Mais bien pour faire connaître cette triste réalité ! Nombreuses sont encore les propositions de treks dans toute la Thaïlande. Certaines brochures de voyages utilisent encore ces images d’éléphants aux yeux vides et tristes surplombés d’un couple de touristes souriants. Ce n’est pas cela la Thaïlande, croyez-moi ! Vous pouvez appréhender cet animal d’une autre manière, des moyens existent. Et l’expérience n’en sera que plus belle. Je voudrais aussi faire connaître ce sanctuaire, que l’on s’y rende, qu’on en parle. Car plus le nombre de visiteurs sera important, plus le sanctuaire pourra sauver d’éléphants, ouvrir d’autres espaces, et pourquoi pas, avec notre aide, faire cesser cette pratique immorale et cruelle.